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Son conte est bon

Nadine Thiry-Lebrun
Nouvelle Gazette
Belgique
25 mars 1996

Marc Laberge a poussé la porte
de notre rédaction et tout s'est illuminé

« Je viens camper », annonce-t-il en posant ses baluchons et sa scie musicale. Un sourire généreux trace un sentier engageant dans sa barbe rousse. Il s'assied, plonge son regard clair et franc au fond de vos pupilles, et vous vous retrouvez suspendu à ses lèvres pour une partie d'éternité.

Conteur-aventurier (et photographe) québécois, Marc Laberge est actuellement en tournée dans notre pays, pour la première fois. Mission : éveiller l'émotion. « C'est ce qu'il y a de plus puissant, l'émotion... J'occupe surtout l'avant-scène. Je suis proche du public, je leur parle, je les regarde. Il faut que je m'empare du public. Je dois sentir les gens en moi. Si je détecte des réticences, je vais les désarçonner. Je suis toujours près des larmes. Chaque fois que je raconte une histoire, c'est comme si c'était la dernière fois. »

Marc Laberge a toujours porté le conte en lui. Il a néanmoins fallu attendre les années 90 et la consécration au Festival du Conte à Grenoble, pour qu'il s'affirme en tant que conteur professionnel. Il y a peu, deux recueils de contes ont été publiés, Destins et Le Glacier – des récits s'inspirant de la vie de John Muir (qu'il admire par-dessus tout), aventurier-inventeur américain à l'origine des parcs naturels – (les deux livres sont disponibles auprès des Éditions-diffusion Lansman de Carnières). Sa voix est bien celle qui a bercé ma lecture.

Ses histoires évoluent toujours sur le fil ténu séparant réalité et fiction. L'un des exemples les plus flagrants figure dans Ma chasse-galerie, un souvenir d'enfance qui vire l'air de rien au merveilleux. Marc raconte une journée de chasse avec son père. Leur curiosité est piquée par un groupe de canards prisonniers de la glace. Son père l'incite à briser la glace autour des oiseaux et à s'installer au milieu de la plaque qui se détache de l'étang et lentement, en des milliers de battements d'ailes, s'élève dans les nuages. « Et les gens volent avec moi. »

Lorsqu'on l'écoute, on réalise que son art puise une bonne partie de sa force dans le non-dit. Marc veille toujours à nourrir son récit de silences. « J'aime raconter au-delà des mots et on dit souvent que mes silences sont habités. »

Ses histoires sont trempées d'émotion. Surtout « Le foetus ». Une histoire vraie. Alors qu'il flottait toujours dans le liquide amniotique, Marc a éprouvé une tristesse infinie. Son frère de 6 ans, le jeune aventurier de la famille venait de mourir, broyé entre deux voitures. Peu de temps auparavant, il avait suggéré à sa mère qu'elle le prénomme Marc, s'il mourait. Son frère s'appelait Marc... « Au début, mes parents ne voulaient pas. Ils m'appelaient bébé. Je pense que je suis un peu l'héritier de ce qu'il était. Il avait le goût du danger. Porter son nom, cela m'a donné de la force, du courage. »

Inventer sa vie : bien mieux que de la gagner
Marc est un bourlingueur mais pour lui, ce n'est pas tant le lieu qui compte que l'expérience vécue. Il affectionne le Sud-Ouest américain, l'Islande ou l'Alaska « parce que c'est le lieu où l'on recommence sa vie ». Mais c'est au fond de la vallée glaciale du Yukon (« Là où tout s'arrête, c'est là que j'aime partir ») qu'il a sans doute vécu l'une de ses plus belles émotions. Épuisé après une marche laborieuse, il constate qu'il a égaré son appareil photo dans un endroit grouillant de bosquets. Au bout d'efforts quasi surhumains, il le retrouve « et là, on s'est roulé dans l'herbe ensemble...  » La leçon de cette mésaventure? « Tout à coup, je me suis rendu compte que je n'avais plus de raison d'être là et donc d'exister. Je n'allais pas pouvoir partager ce que j'avais vécu. J'ai rarement été ébranlé comme ça dans ma vie. »

À l'heure des mangas, du fast food, du vidéoclip et du prêt-à-penser, Marc Laberge rame à contre-courant (conte courant?). « J'ai réussi à m'inventer une vie, mais ça n'a pas été donné. J'aime vivre dans cette espèce de douce insécurité qui m'instabilise. Tout le temps que j'ai eu, je l'ai consacré à la réalisation de moi-même et ça prend du temps. »

Au rayon des projets, il espère bien pouvoir éditer deux nouveaux contes La soupe de ma grand-mère et Le Volcan,  « un roman d'amour et d'aventure », précise-t-il.

« Si je ne raconte pas les histoires que je porte en moi, je n'ai plus ce besoin d'exister. Aux gens qui pensent qu'ils sont fatigués d'exister, je veux essayer de redonner le goût de vivre. Et si j'y parviens, je serai heureux. » Cette phrase résume assez bien l'homme. D'ailleurs quand il est sorti, il restait une loupiote qui brillait au fond de mes prunelles... et je n'ai pas envie de la mettre en veilleuse...


Marc Laberge clôture sa tournée en Communauté française, le samedi 30 mars à 14 heures à la bibliothèque provinciale  « La Ribambelle des Mots », 8 avenue Rêve d'Or à La Louvière (pour adultes et enfants à partir de 8 ou 9 ans).


« Le conte ne compétionne pas la télé. C'est autre chose. Le conteur arrive sans rien. Il n'a pas de costume original, il n'a pas recours aux effets spéciaux. Il arrive avec ses mots. Son but est de créer l'image dans l'imaginaire de l'autre, de faire vivre l'histoire en lui. Dans Le Glacier je parle du chien Stickeen mais jamais je ne mentionne sa couleur. J'ai l'habitude de demander aux gens la couleur de sa robe. Certains me disent brun, d'autres blanc ou noir. Ils se rendent compte comme ça qu'ils ont fabriqué eux-mêmes leurs images. »