Accueil Conteur Photographe-aventurier Ethnographe Auteur Médias Calendrier
Marc Laberge - Dans les medias
Revue de presse - Conteur
Revue de presse - Photographe
Accès médias (professionnels)




 

Le photographe
Marc Laberge
gagne un prix
à Grenoble dans
un concours
de conteurs

Jean-Paul Soulié
La Presse
Montréal
18 mai 1991

Avec Marc Laberge, il est difficile de savoir si c'est l'image qui prime ou si c'est la parole. Il vient de gagner un prix dans un concours de conteurs, à Grenoble, en France. Mais comment diable ce barbu volubile, à l'oeil vif derrière ses lunettes, qui accompagne ses explications de nombreux gestes, a-t-il découvert son talent de conteur?

Disons qu'en fait, il est photographe. Il fait de la macrophotographie d'artefacts et est un spécialiste dans le domaine. Cela donne, par exemple, la merveilleuse photo d'une minuscule pipe découverte sur un site iroquois, à Sorel, qui orne l'escalier qui mène à son bureau. Une tête de pipe sculptée qui représente une tête humaine qui a bien l'air de vous regarder, du fond des siècles.

À partir de découvertes archéologiques, depuis dix-sept ans, Marc Laberge produit de la documentation visuelle pour des musées. Il travaille avec des illustrateurs, leur raconte des scènes de la vie des hommes préhistoriques, qu'il reconstitue à partir de morceaux de vases ou d'outils trouvés dans les fouilles, et en lisant les Relations de Jésuites. les illustrateurs l'écoutent attentivement, regardent les débris retrouvés. Le « Il était une fois... » de Marc Laberge s'inscrit en dessins sur la feuille vierge. la femme préhistorique fabrique son vase en céramique, l'homme taille sa hache de silex.

Mais Marc Laberge ne fait pas que ça. Il fait aussi de merveilleuses photos d'aventures, des glaciers du Yukon aux cratères bouillonnants d'Islande. Et il prépare aussi un doctorat en art et tradition populaire à l'Université Laval. À force de raconter des histoires de glaciers, de chiens, d'hommes préhistoriques et d'ours - il avoue avoir un compte à régler avec l'ours, sans parvenir à préciser de quel compte il s'agit - il a fini par entendre parler d'un concours de conteurs, qui se tient depuis cinq ans, à Grenoble.

« J'ai toujours rêvé d'entendre de vrais conteurs, dit-il, l'air gourmand. Là-bas, ça commençait le matin pour se terminer tard dans la nuit. J'avais mis la main sur le programme des deux dernières années, et en trois semaines, je me suis préparé. » Avec une histoire de canards qui enlèvent un lac gelé et qui emportent en même temps un jeune garçon et son père, il a séduit son public, gagné le prix, et sera réinvité l'an prochain.

« Pour un même conte, explique Marc, il y a cinquante versions, autant de versions que de conteurs, et chaque conteur change l'histoire chaque fois qu'il la reprend. C'est exponentiel ! » L'idée des canards, il l'avait mise dans son ordinateur, par une curieuse faculté qu'il a de traduire immédiatement les images qu'il a dans la tête en mots sur son clavier. « L'image passe en mots, et les mots passent en images... Il faut avoir une bonne disponibilité de mémoire vive », dit-il, utilisant pour lui-même le vocabulaire de l'informatique.

« Par une sale journée de novembre, avec ma blonde, nous nous sommes inventé une journée superbe, et ça a marché », raconte Marc. « C'est comme ce qui est arrivé à ce pauvre homme, enlevé par des bandits qui l'ont attaché, ficelé, battu méchamment parce que le pauvre homme n'avait rien à leur donner... Pendant que les bandits mangeaient, sans lui donner la moindre bouchée, le pauvre homme a dessiné une souris, avec son orteil du pied gauche, le plus petit. Et quand la souris a eu sa petite queue, ses petits yeux brillants et ses fines moustaches, il lui a fait de minuscules dents acérées... »

Marc Laberge vient de vous embarquer. Le pauvre homme va être délivré, bien sûr. La magie de l'imaginaire opère toujours. L'auditeur ou le lecteur refabrique les images que le conteur lui a proposées, son imaginaire est touché et le pauvre homme sauvé. L'an prochain, il retournera raconter ses histoires à Grenoble et comparer son talent de conteur à celui des autres concurrents.