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Conte-moi
une histoire

Mario Cloutier
La Presse, Montréal
Jeudi 3 novembre 1994

Le franc succès du premier Festival interculturel du conte de Montréal, l'an dernier, a démontré qu'on a toujours envie de se faire raconter des histoires à rêver debout. La deuxième édition de cet événement ouvert sur le monde commence demain et se déroulera jusqu'au 13 novembre dans douze lieux de rencontres.

Le conte, ce moyen simple et intemporel de transmettre les racines de toute culture, demeure avant tout un moyen de communication. « Le conte, c'est d'abord une expérience humaine », explique le directeur du Festival, Marc Laberge. « Un contact humain entre le public et le conteur. »

« C'est le tout premier mode de transmission de la connaissance. Avec l'avènement de la télévision, les conteurs ont été un peu relégués aux oubliettes. Mais après plusieurs années d'anonymat et de passivité, on se rend compte que les gens ont toujours besoin de rencontrer quelqu'un dont ils perçoivent le souffle, le regard, l'expression de la joie ou de la peine... »

Les conteurs avaient en effet peine à travailler au Québec, en raison d'un manque de tribunes. Marc Laberge a donc décidé de fonder un festival avec trois objectifs bien précis : faire redécouvrir le conte et la tradition orale, favoriser le rapprochement interculturel et faire connaître les conteurs du Québec et d'ailleurs.

Résultat : la première édition a dépassé tous les espoirs. « Ç'a été extrêmement encourageant. Le public a réservé un accueil exceptionnel au Festival. Les salles étaient toutes remplies. En fait, la demande s'est avérée plus grande que l'offre », soutient Marc Laberge.

Pour cette raison, cette année, il y aura deux « Nuits du conte », l'une au début et l'autre à la fin de l'événement. Ces soirées bénéfice, au coût de 30 $, donnent l'occasion aux spectateurs d'entendre une variété d'histoires provenant de plusieurs pays et racontées par une douzaine de conteurs et conteuses qui se relaient sur scène.

« L'an dernier, se souvient Marc Laberge, la Nuit du conte avait duré près de six heures. À la fin, vers 3 heures, les conteurs suppliaient presque le public de les laisser partir. »

Une trentaine d'artistes
Les activités de la deuxième édition s'ouvrent demain à Pointe-à-Callière par une allocution du père Germain Lemieux, président d'honneur du Festival et auteur de la monumentale collection « Les vieux m'ont conté », 34 volumes qui contiennent une bonne partie de la tradition orale des Franco-Ontariens.

En tout, une trentaine d'artistes activeront leur boîte à images féeriques durant les dix jours du Festival. Parmi les plus connus chez nous, on retrouve évidemment Jocelyn Bérubé et Michel Faubert. Vendredi le 11 novembre, ils se produiront avec Alain Lamontagne et Marc Laberge dans une soirée intitulée « Rendez-vous contes », soirée qui souligne la participation québécoise à la Semaine interculturelle nationale.

Dans le cadre du Festival, les gens dans la trentaine et leurs enfants retrouveront également avec plaisir la comédienne Jani Pascal, qui fut nulle autre que Marie-Quatre-Poches au petit écran de Radio-Canada, il y a plusieurs années de cela. Aussi du Québec, Sylvi Belleau fascinera les enfants de 5 ans et plus. Yolande Picard et Lise Trottier raconteront des histoires amérindiennes. Et le spécialiste du diable, Jean DuBerger, viendra faire peur aux adultes dimanche prochain.

De France, un conteur normand, Jean-Claude Desprez, viendra nous émouvoir avec ses histoires de guerre. Il profitera du 80e anniversaire du début de la Guerre 14-18 pour nous raconter des histoires qui mettent notamment en évidence les péripéties des soldats canadiens lors de ce conflit.

Un des faits saillants de cette deuxième édition demeure sans doute la présence du romancier, peintre et cinéaste tunisien Nacer Khémir, l'un des plus grands conteurs au monde, selon Marc Laberge. « Il dit toujours que si les Québécois ont 60 mots pour décrire la neige, les Arabes en ont autant pour parler d'amour. » Pour adultes seulement!

De leur côté, les conteurs en herbe pourront se donner rendez-vous à la Maison de la culture mondiale, sur le boulevard Saint-Laurent. On y présentera mardi prochain une soirée où tous ceux et celles qui veulent raconter pourront le faire devant public. L'entrée est gratuite pour cette activité.

Colloque
Toujours pour les grands et parmi les plus sérieux, on tiendra, samedi, un colloque sur la place qu'occupe le conte dans nos différentes sociétés. Une dizaine de spécialistes viendront débattre de la question au Musée Pointe-à-Callière.

« C'est pour ça que le Festival est important pour nous, les artistes, explique Joujou Turenne, une conteuse d'origine haïtienne qui enchantera elle aussi petits et grands lors du Festival. Conter ne peut pas s'apprendre, mais le Festival est un forum qui nous permet de travailler et d'échanger avec d'autres conteurs. »

Selon Marc Laberge, on naît avec un don de conteur. « Le conte nécessite un processus d'intériorisation. Un conteur reçoit une histoire, l'intériorise, la fait sienne et la transmet à son tour. Il y a une façon d'être conteur. »

En Afrique, là où la tradition orale est demeurée forte, le conte est une coutume familiale. Pour Ndiouga Sarr, du Sénégal, « Le conte est toujours vivant. Dans les familles, tout le monde conte, des plus vieux aux plus jeunes, de génération en génération. Et les histoires changent, se transforment au fil des transmissions. »

Ndiouga Sarr sera parmi les conteurs présents au Festival, tout comme son compatriote Boubacar Diabate, un conteur dynamique qui intègre la musique à ses spectacles. C'est également le cas de l'Ivoirien Manfeï Obin qu'on présente comme un grand conteur de village. Enfin, les gagnants de la médaille d'or aux Jeux de la francophonie, dans le domaine du conte évidemment, les Togolais Béno Sanvee et Kodjo Mehoun seront aussi de la fête.

De la belle grande visite qui fait du Festival un véritable événement ouvert sur le monde. Pour Marc Laberge, le conte permet ce voyage interculturel. « Après tout, comment peut-on se comprendre si on ne connaît pas la culture de l'autre? Le conte, c'est l'expression d'une culture. »

« Et la culture, c'est d'abord et avant tout notre langue. » Comme le dit si bien le narrateur dans La Chasse-galerie d'Honoré Beaugrand : « Je vais vous raconter une histoire, mais tendez bien vos oreilles, elle se passe dans le fin fil de la langue... »